Paiement par carte : spécificités du marché français

L’écosystème de la monétique en France est constitué d’un univers d’acteurs (Banques, porteurs, commerçants, laboratoires, industriels, éditeurs, processeurs, réseaux cartes, régulateurs), doté d’un système de paiement particulier, reposant sur la technologie EMV (Standard Europay Mastercard Visa). L’accord multilatéral de coopération signé entre les membres permet aux utilisateurs d’accéder à toutes les installations agréées (TPE, DAB…) des membres du système de paiement.

En France, les paiements par cartes bancaires sont transmis aux systèmes d’autorisation via les réseaux cartes CB, Visa ou Mastercard ; compensés par le système CORE (Compensation Retail) de STET (Système technologique d’échange et de traitement), puis réglés par le service de règlement rattaché à la Banque de France / Banque Centrale européenne / Banque de règlement international. Certaines opérations peuvent transiter via le réseau Domestique CB (si le porteur français réalise ses transactions en France), ou via les réseaux internationaux Visa ou Mastercard (pour les paiements internationaux ou pour les cartes bancaires françaises ne possédant pas l’application CB).


En France, on distingue les cartes de débit immédiat des cartes de crédit (débit différé). Certaines cartes sont à autorisation systématique (Online), d’autres sont Offline. Une carte française cobadgée Visa ou Mastercard est acceptée partout dans le monde. Les cartes bancaires étrangères cobadgées Visa ou Mastercard sont également acceptées en France par principe d’interopérabilité ou accord entre les banques. Cependant, avant le 9 juin 2016, lorsqu’un client français payait avec sa carte bancaire CB adossée à Visa ou Mastercard, le Terminal de Paiement Electronic (TPE) sélectionnait automatiquement le réseau domestique (CB). Mais depuis cette date, le porteur a désormais la possibilité de choisir entre CB, Visa et Mastercard (Règlement européen 2015/751).

Des enjeux concernant le paiement par carte bancaire se déclinent à travers plusieurs défis (structurels, organisationnels, technologiques et réglementaires (1) ) qui s’imposent aux acteurs, les obligeants à revoir leurs organisations et chaines d’opérations pour les rendre conformes aux prescriptions européennes. Ces défis ont provoqué un élargissement du champ de la monétique et une émergence de nouvelles formes d’activités bancaires. La carte bancaire permet désormais d’effectuer plusieurs types d’opérations avec un niveau de sécurisation très variable : paiement mobile (NFC / QR Code), de proximité sans contact, biométrique (reconnaissance faciale / empreinte digitale), etc.  

En 2019, on comptait 54 millions de carte de débit et 39,3 millions de cartes de crédit et de paiement émises, dont les cartes CB représentaient 27,5 millions de cartes soit 70 % (France Cards & Payments : Opportunities and Risks to 2024 p. 33 ; 52 ; 60). D’après cette même source, 77 % des cartes en circulation sur le marché français sont cobadgées et 23 % seulement sont des cartes purement réseau international. Les cinq premières banques représentent 86 % de la valeur des transactions en 2019 (France Cards & Payments : Opportunities and Risks to 2024). En 2018, il y avait plus de 1,8 million de terminaux de paiement électronique et presque 55 millions de guichets automatiques bancaires en France (Statista, 2021).

Bien que le paiement par carte reste le moyen de paiement le plus utilisé en France (2)  et continuera à se développer sur les années à venir, avec la DSP2, la règlementation a engendré une révolution technologique et stratégique permettant aux différents acteurs (nouveaux entrants, banques, etc.) de pouvoir s’affranchir désormais des réseaux interbancaires pour proposer des services innovants à moindre coût. De fait, ils s’appuieront sur l’infrastructure internet et non sur des structures privées. Basé sur ces nouveaux modèles opérationnels, ces nouveaux services (paiement mobile en proximité, P2P (Peer-to-peer), etc.) se développent pour servir des nouveaux cas d’usage avec une nouvelle expérience utilisateur (Payments Cards and Mobile, 2021). Ainsi la Demande de paiement (Request-To-Pay) basée sur ISO 20022 vient compléter ces moyens de paiement comme étant un puissant outil de paiement de bout en bout offrant une opportunité de nouveaux services et permettant d’apporter davantage de valeur aux clients.

Le foisonnement multicanal et la dématérialisation croissante des paiements pourraient ouvrir des perspectives sur l’acquisition avec une concurrence accrue côté acquéreur qui se matérialisera sans doute autant par baisse des frais que par un accroissement du service. Tout cela sera intimement lié aux capacités des solutions à opérer ensemble, car l’intérêt du commerçant c’est d’avoir le plus de méthode de paiement possible sur le même appareil au moindre coût, de façon à optimiser sa capacité à proposer à son client sa solution de paiement préférée. 

Auteur: Tite-Voltaire Soupene

 

(1) Authentification forte (Directive DSP2, 2018) ; Paiements cartes (PCI DSS) ; Commissions d’interchange (Règlement UE 2015/751)

(2) En 2019, plus de la moitié des Français, soit 58,6 %, préféraient payer avec une carte bancaire (Statista, 2021)

 


 


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