Les paiements instantanés au cœur du SIBOS

Cette année, le SIBOS a été organisé à Genève, à deux pas de l’aéroport et de ses avions s’élançant à pleine vitesse vers le ciel. Les paiements instantanés – qui connaissent un décollage tout aussi vigoureux – figuraient parmi les thèmes centraux de l’édition 2016 du salon. Les préparatifs en vue de leur introduction vont bon train.


Les paiements instantanés sont sans doute une technologie disruptive, qui va détourner quantité d’opérations d’autres méthodes de paiements, comme de paiements de masse, qui se déroulent aujourd’hui via EBICS, ou encore les paiements par carte (cartes de débit et paiements par carte au point de vente). En outre, l’on s’attend à une augmentation du volume de paiements instantanés effectués par le biais de l’Internet – une attaque en règle contre PayPal et consorts?

Ce qui à première vue semble anodin peut bouleverser le monde des opérations de paiement. Les paiements instantanés ont été qualifiés de «nouvelle normalité» à l’occasion du SIBOS, alors que cette technologie n’a pas encore vraiment pris son essor en Europe. Cela démontre tout le potentiel qui lui est prêté et les «nouveaux» acteurs d’hier (tels que PayPal et autres), pourraient bien devenir les perdants de demain.

Pour l’heure, les solutions de paiement instantané sont purement nationales. Et c’est compréhensible, puisque la majeure partie des volumes de paiements ainsi traités reste très limitée géographiquement. Mais les choses changent et un système de paiement instantané fonctionnant à l’échelle européenne pourrait donner naissance à une pléthore de nouveaux services. Les banques joueraient ici un rôle plus important que lors de paiements via carte de crédit ou PayPal. Cela leur permettrait d’affirmer leur ambition d’être leader dans le domaine des opérations de paiement, et peut-être même de rattraper un certain retard.

La limite de 15 000 € par transaction instantanée va rapidement être augmentée et l’on évoque déjà des montants proches du demi-million. Les groupes bancaires européens sont d’ores et déjà prêts à travailler avec de tels montants, ce qui pourrait également intéresser les entreprises. Biens industriels, prestations de services et autres marchandises sont aujourd’hui réglés «à l’ancienne», ce qui implique un coût élevé et des délais assez longs. Les paiements instantanés pourraient changer la donne. Bien sûr, un paiement instantané pourra nécessiter quelques secondes, voire quelques minutes de plus si le montant dépasse par exemple le million ou si des vérifications d’embargo, de lutte contre le blanchiment d’argent ou de règlement sont exécutées en parallèle. Ici encore, cela pourrait se traduire par des changements fondamentaux et même disruptifs.

À propos, la DSP II ne couvre pas les paiements instantanés. Quelle opportunité manquée! La BCE n’a semble-t-il pas osé faire le pas vers un système européen de paiement instantané.

L’interopérabilité avec les solutions nationales reste donc à clarifier. La DPS III, déjà annoncée dans la deuxième mouture du texte, permettra peut-être d’établir le cadre légal nécessaire. En attendant, l’approche reste purement facultative et les répercussions – également sur les opérations de paiements de masse via EBICS – demeurent floues. Mais une chose est sûre: l’européanisation des paiements instantanés recèle des opportunités. Et il s’agit de les saisir.

Michael Lembcke
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