Paiements en 2021 : pas le temps de relâcher

Une année difficile s’achève pour les prestataires de services de paiement européens. Dans ce secteur aussi, la pandémie liée au coronavirus était le thème déterminant. Dans les paiements individuels, comprenant les paiements interbancaires et internationaux, le coronavirus est en partie responsable du report de la consolidation de TARGET2 et de la conversion de SWIFT ISO 20022. Pour les paiements par carte, la pandémie a eu des effets négatifs, mais aussi positifs : D'une part, le coronavirus a entraîné une augmentation considérable des transactions par carte et surtout sans contact. Une telle évolution aurait normalement duré plusieurs années et elle aurait entraîné des investissements importants dans le marketing des principaux systèmes de cartes. D'autre part, de nombreux acteurs du marché des cartes ont subi des baisses massives de ventes, en particulier ceux qui sont fortement impliqués dans le secteur de la gastronomie, des voyages et des événements. 

Ceux qui pensent que le secteur des paiements aura un répit en 2021 se trompent. Après tout, deux projets concrets seront mis en œuvre l'année prochaine. D'autres projets doivent déjà être préparés, même si la mise sur le marché n'est prévue qu'en 2022 ou encore plus tard. Considérant les énormes bouleversements structurels du marché, il semble que le secteur se trouve face à une ascension des Alpes dans des conditions difficiles.

Mais une chose à la fois : Parmi les thèmes concrets de l'année prochaine figurent la mise en place de la demande de paiement (Request to Pay ou RTP). Avec le lancement de cette norme en été 2021, les paiements seront complétés par un élément important (voir également notre livre blanc, parties 1 et 2). De nombreuses entreprises ont longtemps exigé du secteur des services financiers de faire progresser rapidement le développement et l’expansion de la demande de paiement (voir également l'enquête de l'EBA). En effet, RTP comble les lacunes en matière d'application dans les procédures existantes ou entre celles-ci. Cela inclut la connexion éventuelle des données de facturation et des données de paiement. Ce procédé facilite considérablement les processus de rapprochement dans les systèmes comptables de nombreuses entreprises. En plus, cela permet d’accepter des paiements par voie électronique au point de vente (POS) sans terminal - une possibilité qui n’existait pas jusqu’à présent. La configuration d'un point de vente devient plus facile et plus mobile grâce à RTP. 

Afin de pénétrer davantage le marché des virements en temps réel conformément au scheme SCT Inst, le Conseil de la BCE a décidé que tous les prestataires de services de paiement accessibles via TARGET2 participants à scheme SCT Inst doivent être accessibles via TIPS (TARGET instant Payment Settlement). Par conséquent, l'accessibilité via TIPS doit être assurée soit par une participation directe avec le compte de l’utilisateur, soit par la fonctionnalité « Reachable Party ». En outre, tous les ACH (Automated Clearing Houses) qui offrent des paiements instantanés doivent transférer leurs comptes techniques de TARGET2 à TIPS. La mise en œuvre des décisions est prévue pour la fin de l’année 2021. 

Enfin, tous les thèmes de 2021 ne demandent pas aux prestataires de services de paiement une si grande efficacité : Les exigences d'adaptation découlant des changements apportés par l’EPC en novembre sont plutôt gérables. En revanche, personne ne sait si cela s’applique également aux changements apportés à l’EDI et à SWIFT. Cependant, c’est très probable, du moins pour les transactions financières proprement dites. D’importantes échéances réglementaires ne sont pas non plus en vue.

Toutefois, il reste bien sûr tous les projets de paiements qui doivent être mis en œuvre en 2022 et les années à venir - et qui doivent donc être préparés en 2021. L'un des projets les plus importants est la transition des paiements au format ISO 20022 à l’échelle mondiale.

Dans les paiements individuels, par exemple, il faut préparer la transition à TARGET2 qui est prévue pour 2022 et le passage à SWIFT qui commence en 2022. Dans les deux domaines, outre le simple changement de format, des modifications importantes des processus doivent être exécutées, telles que la modification des mécanismes d'accès aux plateformes correspondantes. Selon des estimations unanimes, chacun de ces projets dépasse les dimensions du SEPA. 

En ce qui concerne les paiements de détail (SEPA), les prestataires de services de paiement doivent se préparer à la transition des schemes SEPA vers la (nouvelle) version ISO 2019, prévue pour 2023.
Compte tenu des coûts liés à ces conversions, les institutions financières – principalement les institutions de niveau 2 – externaliseront en 2021 de plus en plus le traitement des paiements ou, du moins, achèteront des logiciels de paiement en tant que service. La demande dans ce sens est déjà perceptible. En outre, il est probable que les voix qui réclament des offres centralisées pour les services interbancaires, tels que le filtrage des sanctions ou le KYC, deviennent plus fortes.

En fin de compte, les institutions financières et les prestataires de services financiers doivent trouver des réponses aux nouveaux bouleversements structurels du marché en 2021 :

  • La poursuite du développement de European Payment Initiative (EPI) : Est-il possible de créer une solution de paiement paneuropéenne unique et innovante comme alternative aux solutions et aux systèmes de paiement internationaux existants ?
  • La pression croissante exercée par la Commission européenne et par le Parlement européen sur les redevances d'interchange : Comment les émetteurs peuvent-ils réagir à une éventuelle réglementation « zéro interchange » ? Quels sont les futurs modèles commerciaux ?
  • L'obligation imminente de toutes les institutions financières imposée par le législateur européen d'offrir des paiements instantanés et de prendre davantage en compte les intérêts des consommateurs en ce qui concerne l’annulation des paiements instantanés. Les systèmes de traitement existants sont-ils en mesure de traiter des volumes supplémentaires ?
  • La consolidation significative des prestataires de services de traitement, notamment la formation de deux conglomérats par EquensWordline d'une part et de NEXI/SIA/nets d'autre part : Qu'est-ce que cela signifie pour l'avenir des petits et moyens fournisseurs de services, notamment en matière d’acquisition ? 
  • L’effacement progressif des frontières entre les paiements par carte et les paiements classiques, tels que les activités de Mastercard (via Vocalink) dans le cadre de la compensation des paiements classiques : Y aura-t-il une autre infrastructure de compensation à long terme dans les paiements de masse ? 
  • L'introduction imminente de la monnaie numérique, sous forme de monnaie numérique de la Banque centrale, mais aussi sous forme de libra : Quel est l'impact de ces mesures sur les paiements en espèces ou par carte ? Qu'est-ce que cela signifie pour le rôle et le modèle commercial des institutions financières ?
  • Les conséquences de l’expansion croissante de l'Internet des objets (Internet of Things) sur les paiements : Les potentiels de l'Internet des objets ne peuvent être exploités qu'avec des flux de paiement totalement autonomes et sans interruption entre les appareils connectés [voir notre étude sur l’Internet of Payments]. Comment répondre aux exigences de conformité et aux aspects de sécurité informatique ? Comment les systèmes de traitement doivent-ils être adaptés à des milliards de transactions supplémentaires ?

Le jour du nouvel an chinois 2021 marque le début de l'année du buffle. L'astrologie chinoise lui attribue la patience et la diligence. Il est fort et surmonte toutes les difficultés. Le secteur des paiements peut en faire bon usage.

Auteur : Hubertus von Poser (Head of Consulting Payments)

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